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La marche à suivre 2020

Vous pouvez retrouver ou découvrir ici la restitution d'un récit collecté lors d’un des précédents Temps de Dire, sous forme de texte et/ou d’extraits audios du spectacle correspondant.

Régulièrement, un conteur ou une conteuse viendra sur la page de "la marche à suivre" vous raconter... sa rencontre.

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Trois grains de bléCéline Verdier
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Où trois grains de blé donnent un beau jardin

Une histoire de Couffouleux collectée en 2016 par Céline Verdier

 

Il était une fois un lièvre et une tortue. Tous les deux avaient le même objectif, mais ils n’y sont pas allés de la même façon. L’un est parti vite, il a gambadé, et en chemin s’est arrêté de-ci de-là pour écouter un oiseau, sentir le parfum d’une fleur, croquer une noisette, puis il s’est endormi. C’était celui qui portait de longues oreilles, le Lièvre. La Tortue, quand elle s’est trouvée prête, s’est engagée sur son chemin, sans détour, sans pause, jusqu’à ce qu’elle ait atteint son objectif, sans jamais tourner la tête d’un côté ou de l’autre. Lentement, mais sûrement, c’est elle qui est arrivée la première.

Mais comme dit Sylvie, la paysanne, on peut très bien être l’un ou l’autre, et même un peu des deux. Elle s’est toujours identifiée à la tortue. Elle pense qu’il lui manque un peu du lapin, enfin du lièvre, toujours est-il que quand elle s’engage dans une voie, elle va jusqu’au bout.

Elle vient d’une famille où l’on est coiffeur de père en fils, ou dactylo, de mère en fille, des gens qui n’étaient pas du tout près de la terre. Pourtant ils habitaient la campagne bourguignonne. Elle était une petite fille solitaire, elle aimait beaucoup partir, s’en aller, gambader, sauter par dessus les haies, traverser les champs, les prés aux vaches, et aller plus loin, toujours plus loin.

Ses escapades lui donnaient de grands sentiments de liberté. Pas comme à l’école, les fesses vissées sur une chaise dure à longueur de journée. Elle était plutôt douée pourtant, mais on l’empêchait de progresser. Elle s’ennuyait beaucoup et remuait nerveusement sur sa chaise.

L’ennui ça donne des idées. La lecture aussi. Elle lisait beaucoup. Une fois elle a lu un livre qui s’appelle « Le Robinson suisse ». C’était dans la bibliothèque de son père. Elle ne se souvient pas complètement de l’histoire, mais ce qui l’a marquée, c’est qu’à un moment donné les naufragés sur leur île déserte n’ont plus rien pour vivre et l’un d’entre eux trouve trois grains de blé dans une poche. Et avec trois grains de blé, quelques temps après ils arrivent à faire de la farine, et du pain.

Elle a toujours été douée pour les choses manuelles. Petite, on lui mettait toujours un marteau dans la main. Alors elle plantait des clous partout.

Puis elle a passé un diplôme de professeur de travaux manuels.

Une fois qu’elle a eu le diplôme elle a voulu faire du théâtre.

Elle a pris des cours de théâtre. Elle a monté une petite compagnie avec d’autres gens. Avec sa créativité manuelle, elle avait fièrement fabriqué un système pour un numéro de clown. C’était un système qui lui permettait, en actionnant une pompe à air, de faire couler des larmes en jet d’eau. Avec un vieux cartable. Un grand souvenir.

Comme il n’est pas facile de vivre du théâtre, elle a décidé d’aider d’autres artistes. Pendant treize ans elle a accompagné des musiciens, dans des tournées, des spectacles, des festivals, elle les accompagnait partout. Ce qu’elle adorait par-dessus tout, c’est quand ils allaient dans une ville étrangère. Pendant leurs répétitions, elle partait se promener. À Rio, ou ailleurs, dans tous les endroits où ils sont allés. Elle a découvert plein d’endroits de cette façon. Mais pour faire ce métier, il faut se réunir, il faut parler, il faut monter des projets, faire des dossiers, des budgets, chercher de l’argent, et se réunir et parler et faire des dossiers, et monter des budgets, et chercher de l’argent… Au bout d’un moment c’est devenu ennuyeux, vraiment très ennuyeux. Sur sa chaise dure elle remuait nerveusement. Les réunions duraient trop longtemps.

Il était temps de passer à autre chose. De construire quelque chose. Il était temps de se planter, quelque part, et puis de mettre un peu de vie à cet endroit.

Mais sans laisser de traces.

Elle a monté son projet, elle s’est formée en neuf mois. De partout des gens sont venus lui apporter de l’aide. Elle a trouvé un terrain au bord du Tarn. Quand elle l’a visité il y avait de la neige dessus. Elle ne cherchait pas un endroit pour vivre, elle cherchait un endroit pour cultiver. La première chose qu’elle a faite, c’est planter, des graines et des plants. Puis, elle a installé une petite caravane sous un grand chêne et elle a vécu là, de peu, pendant longtemps, sur son grand terrain. Petit à petit elle a construit sa grange. Sa grange, c’est un peu comme la chambre des enfants, c’est un endroit où elle range bien les choses, un endroit où elle pose les courges… C’est une chambre chaude pour quand il fait froid, ça évite les gelées, et sans rien changer, juste par un jeu de courants d’air, la même chambre devient fraîche quand il fait trop chaud, pour éviter que les légumes pourrissent. Elle a tout pensé pour que sa grange, si un jour elle devait partir, si jamais quelqu’un devait prendre sa suite, on puisse la démonter facilement sans laisser de trace, que ça soit un terrain neuf et que la personne suivante puisse planter son propre jardin. Elle y a beaucoup réfléchi.

Ses légumes, elle les vend au marché. Elle connaît l’histoire de chacun d’entre eux et en parle avec une tendresse presque maternelle.

Une fois que la grange a été terminée elle s’est construit une toute petite maison pour elle, où entrent juste le nécessaire pour vivre, et quelques livres.

Ce qu’elle aime bien dans l’album du Lièvre et de la Tortue, ce sont les images. Surtout celle de la maison de la Tortue : une toute petite maison proprette avec juste l’essentiel pour vivre, être heureux, bien planté. Au fond il suffit de pas grand-chose.

L'histoire de Peter Pan

Un récit collecté à Albi (maison d'arrêt) par Claudio le Vagabond

Peter Pan, il dit que les gens sont cons. Pas tous, hein. Plutôt ceux d'ici. Enfin pas ceux de la prison. Les gens du Sud, en général. Lui qui vient de plus haut, par-delà de nombreux fleuves et rivières, il dit que les gens d'ici sont plus tristes, moins blagueurs, qu'ils ont moins envie de rire. Faut dire que la toute première fois qu'il a débarqué dans le coin, il s'est pris un contrôle de flics, alors ça n'aide pas…

Peter Pan, là-haut, il était paysagiste. Ça ne l'intéressait pas plus que ça, mais son père n'avait pas réussi à exercer ce beau métier et voulait que son fils réalise son rêve à sa place. C'est bizarre, les parents, parfois. Alors que son rêve à lui, c'est les voitures. La preuve, il a rencontré sa compagne, la Fée Clochette, dans une voiture. Il est allé la chercher pour une fête, elle est montée, ils se sont regardés et ils ne se sont plus jamais quittés. Elle, elle l'a poussée à vivre ses rêves.

Et voilà, direction Albi, pour une formation en carrosserie-réparation. Bon, évidemment, il y a eu une petite sortie de route puisqu'il se retrouve en prison. Un truc dont il n'est pas fier, comme quand on fait une bêtise au volant, une faute d'inattention, alors qu'on est pourtant un bon conducteur. Mais il en faut plus pour arrêter un rêve ! À la sortie, la Fée Clochette fera elle aussi une formation, dans la sellerie, et ils monteront un garage spécialisé dans les vieilles voitures. Parce que les vieilles bagnoles, c'est mieux. Déjà, elles sont plus jolies, alors que celles de maintenant sont toutes pareilles, et puis elles sont toutes blanches ou grises ou noires. Sans oublier que toute cette électronique, c'est de l'arnaque ! Tu ne peux plus rien réparer toi-même. Il y a même des bagnoles qui se garent à ta place, où est le plaisir ?

Parce qu'au final, la voiture, c'est le plaisir. Ça roule, ça nous emmène où on veut, c'est magique ! Peter Pan, il ne vole pas dans les airs, comme le personnage du conte, mais il a son bolide, une voiture « préparée », qui n'a même pas le droit de rouler dans la rue. D'où le fameux contrôle de flics en arrivant par ici.

Quand tout sera prêt, sa copine et lui remonteront là-haut, par-delà fleuves et rivières. Pour retrouver la famille. Parce que c'est important, la famille. Les copains, ça ne reste pas, c'est comme les feuilles mortes qui tombent d'un arbre. Ensemble, ils feront des enfants. Obligé ! C'est comme un prolongement de notre corps, mélangé avec la personne qu'on aime.

« La vie va très vite », dit Peter Pan. Il a trente ans et quelques, hier il en avait seize. Il dit qu'il est toujours un enfant dans sa tête. Dans le conte, Peter Pan et ses amis habitent le Pays du Jamais-Jamais. Je ne me souviens pas avoir entendu parler d'un garage là-bas. Alors c'est peut-être le bon moment pour aller y faire un tour…